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Vers des itinéraires culturaux innovants pour limiter les intrants chimiques

11 mars 2025

Une prise de conscience urgente face aux limites des intrants chimiques

L’histoire de l’agriculture moderne est intimement liée à l’utilisation massive des intrants chimiques, principalement à partir de l’après-guerre avec l’avènement de la « révolution verte ». Si ces substances ont initialement permis de répondre à des besoins alimentaires croissants, leurs limites se sont rapidement révélées. Quelques exemples :

  • Dégradation des sols : Environ 33 % des sols mondiaux sont aujourd’hui modérément à fortement dégradés, en partie à cause des pratiques agricoles intensives.
  • Pollution des eaux : Les nitrates issus des engrais chimiques sont retrouvés dans les nappes phréatiques, menaçant biodiversité aquatique et santé humaine.
  • Chute de la biodiversité : En France, 80 % des insectes volants, dont les précieux pollinisateurs, ont disparu en moins de 30 ans (source : CNRS).

Face à ces constats, s’orienter vers des itinéraires culturaux durables n’est plus une option, mais une nécessité pour l’avenir de nos systèmes alimentaires.

Répenser la fertilité grâce aux rotations et aux cultures associées

Les bases d’un système agricole résilient reposent sur la diversité. Dans la nature, les monocultures sont extrêmement rares ; c’est cette diversité que nous devons réintroduire sur nos champs agricoles. Voici deux approches clés :

Les rotations de cultures

Une rotation culturale bien pensée réduit naturellement la pression des maladies, des ravageurs et des adventices. Elle permet aussi d’améliorer la structure et la fertilité des sols. Par exemple :

  • Alterner céréales (blé, orge) et légumineuses (pois, trèfle) fournit une fertilisation azotée naturelle au sol grâce à la fixation biologique de l’azote par les légumineuses.
  • Insérer des cultures « pièges » empêche la prolifération de maladies fongiques spécifiques ou d’insectes ravageurs.

En Dordogne, sur ma ferme d’agroforesterie, je pratique notamment un cycle complet avec des céréales d’hiver, suivi d’un couvert végétal de légumineuses et de radis fourragers, puis une culture de sarrasin avant un retour au blé. Cette alternance réduit drastiquement mon recours aux intrants.

Les cultures associées

Associer plusieurs espèces sur la même parcelle permet d’optimiser l’espace, la lumière, l’eau et les nutriments. Par exemple :

  • Le maïs peut être cultivé avec des haricots grimpants, ces derniers fournissant un apport d’azote tout en limitant la place des adventices.
  • Le blé associé à des légumineuses peut également réduire les besoins en engrais azotés.

Ces techniques imitent les écosystèmes naturels, où chaque plante joue un rôle complémentaire dans la chaîne de la fertilité.

Favoriser la santé des sols via le semis direct sous couvert végétal

Le travail du sol par le labour a longtemps été considéré comme une étape indispensable de l’agriculture, mais ses impacts négatifs sur la matière organique et la faune des sols ont conduit à repenser cette pratique. Le semis direct sous couvert végétal, qui consiste à semer directement sur un sol couvert de plantes vivantes ou résidus de culture, a prouvé son efficacité.

Les avantages :

  • Réduction de l’érosion : Les couverts végétaux limitent le ruissellement et retiennent les sols, même en cas de pluies intenses.
  • Amélioration de la biodiversité : La vie du sol (vers de terre, micro-organismes) est préservée, renforçant la fertilité naturelle.
  • Réduction des adventices : Le couvert limite l’espace disponible pour les mauvaises herbes, réduisant le besoin en herbicides.

Sur ma ferme, je combine régulièrement le semis direct avec l’incorporation de couverts végétaux riches en plantes mellifères, comme le trèfle ou la phacélie, qui apportent le double bénéfice de nourrir les sols d’attirer les pollinisateurs.

Intégrer l’agroforesterie pour diversifier et enrichir l’écosystème

L’agroforesterie est une pratique qui associe arbres, cultures et/ou élevage, créant des écosystèmes à haute résilience. Cette méthode permet de tirer parti des interactions bénéfiques entre les arbres et les cultures environnantes, réduisant l’usage des intrants chimiques.

Voici quelques bénéfices majeurs observés :

  • Amélioration de la fertilité : Les arbres, grâce à la chute de leurs feuilles, enrichissent le sol en matière organique.
  • Régulation des nuisibles : Les bandes boisées servent d’habitat naturel aux auxiliaires (oiseaux, insectes prédateurs).
  • Rétention d’eau : Les racines des arbres structurent les sols en profondeur, favorisant la rétention hydrique.

Sur certaines de mes parcelles, des noyers intercalés dans une culture de lentilles ont permis non seulement de réduire les besoins en engrais mais aussi d’apporter une source complémentaire de revenus grâce à la récolte des noix. Je suis convaincue que l’agroforesterie est l’une des clés majeures pour réduire la dépendance aux intrants tout en renforçant la résilience des systèmes agricoles.

Adopter une approche pragmatique et locale

Pour réussir dans la transition, il est indispensable de prendre en compte les spécificités locales : le climat, le type de sol, les pratiques héritées et même les préférences des agriculteurs. Une solution universelle n’existe pas. Cependant, les itinéraires culturaux mettant en œuvre les principes décrits précédemment s’inscrivent dans une logique durable accessible à tout système agricole.

Déployer ces pratiques demande une phase d’apprentissage et une adaptation progressive, mais les résultats en termes d’économie d’intrants, de performance et de résilience valent largement l’effort. Les agriculteurs qui s’engagent sur cette voie ouvrent la voie à un modèle agricole régénératif et innovant, capable de relever les défis de demain.

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