Agro Perspectives - Agronomie - Diffusion des techniques innovantes en agriculture


Edito

Partager, innover

 
Agroperspectives se veut un lieu de partage d’informations entre agriculteurs, chercheurs et conseillers, afin d’amener le monde agricole à innover vers des systèmes de production écologiquement responsables et économiquement rentables, ceci en ramenant l’agronomie au cœur des réflexions.

Brèves

Le besoin esi_-.pngn Silicium (Si) des espèces varie en fonction de leur capacité à l’accumuler et à le stocker. Il représente une proportion allant de 0.1% et 10% de la matière sèche (MS) de la plante. Le taux de Si biodisponible par les plantes (SiCaCl2) est dépendant du pH ainsi que de la capacité chimique du sol à le dissoudre, certains feldspaths, argiles y sont plus favorables contrairement aux quartz.

Il est absorbé sous forme d’acide orthosilicique (H4SiO4) par les racines puis précipité en phytolithes pour être stocké sous forme solide dans les parties aériennes au niveau des nervures des feuilles. Les graminées sont les espèces les plus riches en Si et le riz détient le record avec plus de 4% de MS. C’est pourquoi la fertilisation en Silicium (Si) est pratiquée dans certains pays d’Asie et d’Amérique, notamment dans les rizières. Parmi les espèces les plus cultivées en France, c’est le blé qui est le plus riche en Si avec environ 2.5% MS (Guntzer et al, 2012). Des études sur le blé démontrent une action positive du Si face au stress hydrique (Chen et al., 2018). Il augmente la rétention d’eau en renforçant la structure des nervures de la feuille. Au niveau racinaire il serait capable d’inhiber les bloqueurs de protéines transporteuses des molécules d’eau, ainsi que d’autres actions améliorant la conduction de l’eau dans la plante (Coskum et al., 2018).

Parallèlement, on observe une meilleure résistance du riz aux maladies fongiques (Blast) avec la Silice. Les symptômes sur feuille sont plus faibles en prénsence de Si. Les études ont également mis en avant une une corrélation positive entre la concentration en Si des plantes et le rendement pour le riz.

Même si le seuil critique du Si biodisponible pour le blé n’est pas encore connu, en se basant sur celui de la canne à sucre comme indicateur,(20 mg kg-1 de SiCaCl2, Haysom et Chapman, 1975) la moitié des sols français en seraient déficitaires. 

La fertilisation en Si du blé pourrait être un levier intéressant pour améliorer la robustesse de la culture face à la sécheresse et aux stress fongiques. Les avancées du projet de recherche BioSiSol nous en diront davantage !

 

Actualités recherche

mais.JPGL'agriculture dégrade chaque année plus de 24 millions d'acres de sols fertiles, soulevant des inquiétudes quant à la satisfaction de la demande alimentaire mondiale croissante. Mais, selon de nouvelles recherches de Stanford, une simple pratique agricole née du Dust Bowl des années 1930 pourrait apporter une solution. L'étude, publiée le 6 décembre dans Environmental Research Letters , montre que les agriculteurs du Midwest qui ont réduit le labour ont augmenté les rendements de maïs et de soja tout en favorisant des sols plus sains et en réduisant les coûts de production.

"La réduction du travail du sol est un avantage pour l'agriculture à travers la ceinture de maïs", a déclaré l'auteur principal de l'étude, Jillian Deines, chercheuse postdoctorale au Centre de Stanford sur la sécurité alimentaire et l'environnement. "Le fait que cela puisse nuire au rendement des cultures a empêché certains agriculteurs de changer de pratique, mais nous avons constaté que cela entraînait généralement une augmentation des rendements." Les études antérieures sur les effets de rendement se sont limitées à des expériences locales, souvent dans des stations de recherche, qui ne reflètent pas pleinement les pratiques à l'échelle de la production.

L'équipe de Stanford a utilisé des jeux de données satellitaires pour combler ce manque de connaissances. Premièrement, ils ont identifié des zones de labour réduit et conventionnel à partir de données publiées précédemment décrivant les pratiques annuelles des États-Unis pour 2005 à 2016. En utilisant des modèles de rendement des cultures par satellite - qui prennent en compte des variables telles que le climat et les cycles de vie des cultures - ils ont également examiné les rendements de maïs et de soja pendant cette période. Pour quantifier l'impact de la réduction du travail du sol sur les rendements des cultures, les chercheurs ont formé un modèle informatique pour comparer les changements de rendements en fonction des pratiques de travail du sol. Ils ont également enregistré des éléments tels que le type de sol et les conditions météorologiques pour aider à déterminer quelles conditions avaient une plus grande influence sur les récoltes. Les chercheurs ont calculé que le rendement du maïs s'est amélioré en moyenne de 3,3% (jusqu'à 8,1% pour certaines régions) et le soja de 0,74% (jusqu'à 5,8%) dans les champs gérés avec des pratiques de travail de conservation à long terme dans les neuf États échantillonnés.

Pour en savoir plus :  https://www.sciencedaily.com/

Dossiers recherche

CIVELes CIVEs sont des cultures dérobées destinées à la production d’énergie par combustion ou plus majoritairement par méthanisation. Les CIVEs d’été sont semées après une culture récoltée assez précocement (seigle, méteil, orge …) et sont ensilée à l’automne. A l’inverse, une CIVE dite d’hiver est implantée avant une culture d’été et sera ensilée au printemps. Ainsi, sur un laps de temps de 2 ans, 3 cultures pourront être valorisées et une couverture des sols hivernale assurée. L’enjeu est double, optimiser une production de biomasse méthanogène par la CIVE tout en évitant d’impacter négativement la production suivante. Les intérêts sont multiples, les CIVEs permettent une valorisation économique de l’interculture pouvant fournir un complément de revenu à l’exploitation agricole. Elles apportent aussi un plus sur le plan agronomique, environnemental et même sociétal si on prend en compte la valorisation de la méthanisation dans les collectivités locales.

Témoignages

Jay_Fuhrer_10_ans_ARAD_.jpgJay FUHRER est spécialiste de la santé des sols à l’USDA North Dakota. Ses connaissances, sa pratique et son approche s’appuient sur de nombreux échanges avec des agriculteurs pionniers en agriculture de conservation comme Gabe Brown mais aussi sur les travaux qu’il mène sur la ferme expérimentale de MENOKEN à Bismarck (Dakota du Nord). Jay FUHRER est venu en France le 14 novembre 2019 lors de la journée anniversaire des 10 ans de l’ARAD². L’ARAD², structure de R&D des Cerfrance Normandie Maine, travaille sur les innovations en agronomie et en élevage dans l’objectif d’accompagner les agriculteurs dans leur mise en œuvre de systèmes plus durables répondant aux enjeux agricoles de demain. Pour lui, la santé des sols conditionne sa capacité à fonctionner comme un écosystème vivant qui nourrit durablement les plantes, les animaux et les hommes. Elle repose sur une combinaison de propriétés physiques, chimiques et biologiques qui impactent les fonctions et donc la productivité des sols. Les fondements d’un sol en bonne santé s’appuient sur 5 principes : (1) une protection maximale de la surface des sols, (2) une perturbation minimale des sols, (3) une diversité forte des plantes, (4) la présence de plantes/racines vivantes en continu et (5) l’intégration d’un troupeau.